Le
paysage comme genre
Le paysage dans la peinture apparaît d’abord
comme fond de scène. C’est un espace
secondaire : "les peintres de figure n'avaient
pas à se préoccuper du paysage, et
qu'ils feraient des arbres et des montagnes dès
qu'ils le voudraient".(Michel-Ange)
En 1664, un décret signé par Louis
XIV fonde l’Académie de peinture et
définit les différents genres qui
seront pratiqués en art: la peinture d'histoire
/ le portrait / la scène de genre / la nature
morte / le paysage.
Le paysage est un genre artistique inférieur,
dispensé des cadres rigides imposés
aux autres genres. Les artistes profiteront de cette
souplesse stylistique pour expérimenter.
Deux peintres de paysages au XVII en France
: Nicolas Poussin (1594-1665)/Claude Gellée
dit Le Lorrain (1600– 1682)
Leur interprétation du paysage devient un
standard. Leur oeuvre servira de référence
pour parler notamment de l’approche baroque
de Rubens (poussinistes / rubénistes).
Ils vivent en Italie et inventent le paysage «
classique » (selon Heinrich Wölfflin).
Ils utilisent de langage allégorique gréco-romain
pour exprimer un idéal moral (simplicité,
lucidité, dignité, force, espace,
clarté, unité) en relation avec les
grandeurs de la religion et de la monarchie.
Pour correspondre à cet idéal, la
nature doit subir une épuration sévère
de ses formes existantes. Il s’agit de «
révéler et "relever" la
nature avec méthode et parcimonie »
pour créer un effet de perfection et d’éternité.
Ils suivent ces principes énoncés
par Aristote :
"l’impossible qui persuade est préférable
au possible qui ne persuade pas" et que
"ce qui doit servir d’exemple l’emporte
sur ce qui est", le paysage classique
s’affirme comme une idéalisation absolue
du cadre naturel.Ils proposent une vision vraie,
tout à fait invraisemblable, fermement structurée,
monumentale et harmonieuse.
Poussin
: paysage « héroïque » / Gellée
: paysage « pastoral » (origine campagnarde
du peintre / oeuvres moins complexes tout en étant
très élaborées)
Ils suivent des principes stylistiques que H. Wölfflin
ramène à 5 points fondamentaux :
- le linéaire :
o plans parallèles
o personnages traités comme des lignes : ils
sont reliés aux éléments du paysage
o construction géométrique orthogonale
(vue frontale + profil / angles droits / effets de
symétrie : les différentes parties du
tableau s’équilibrent autour d’un
centre manifeste contrairement au baroque qui met
des accents sur le côté)
- les formes fermées :
o les corps sont des contours (ils sont des dessins
et des desseins /concepts)
o Gellée traite les arbres comme des encadrements
et des contrepoids à un élément
d'architecture inspirée exclusivement antique
(association de l'art humain à l'éternelle
beauté, à la sérénité
permanente de l'art divin qu'est la nature).
- la pluralité : ensemble
de parties indépendantes articulées
l’une à l’autre et subordonnées
au Tout (un rôle est par exemple assigné
par l’ensemble à chaque couleur en particulier).
- La clarté absolue : il n’y
a pas de Beauté si la forme ne se dévoile
pas en totalité. Utilisation de modes d’apparition
présentant un maximum de « clarté
» objective
o visibilité parfaite du motif essentiel (Rebecca
au centre)
o Grande netteté
o "Pour Claude, la réalité
suprême du monde est la lumière".
Chaque peinture représente la luminosité
spécifique d’un moment de la journée
différent.
Turner et Constable seront très influencés
par Claude Gellée.
Le
modèle de paysage harmonieux établi
par l’art classique sera maintenu jusqu’au
romantisme. Le développement de l’individualisme
conduira en effet à :
- une insistance croissante pour le fugitif à
travers l’image des phénomènes
naturels
- une valorisation du sentiment par opposition à
la raison (et au raisonnable) à travers une
évasion dans le rêve, l’exotisme,
le passé, le mystère et le fantastique
Geneviève
Guétemme
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