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L'art français à Cambridge - French art in Cambridge
saturday 18 March 2006
Le paysage classique en France au XVII ème siècle : étude de deux tableaux du Fitzwilliam Museum 

Le paysage comme genre
Le paysage dans la peinture apparaît d’abord comme fond de scène. C’est un espace secondaire : "les peintres de figure n'avaient pas à se préoccuper du paysage, et qu'ils feraient des arbres et des montagnes dès qu'ils le voudraient".(Michel-Ange)
En 1664, un décret signé par Louis XIV fonde l’Académie de peinture et définit les différents genres qui seront pratiqués en art: la peinture d'histoire / le portrait / la scène de genre / la nature morte / le paysage.
Le paysage est un genre artistique inférieur, dispensé des cadres rigides imposés aux autres genres. Les artistes profiteront de cette souplesse stylistique pour expérimenter.

Deux peintres de paysages au XVII en France : Nicolas Poussin (1594-1665)/Claude Gellée dit Le Lorrain (1600– 1682)
Leur interprétation du paysage devient un standard. Leur oeuvre servira de référence pour parler notamment de l’approche baroque de Rubens (poussinistes / rubénistes).
Ils vivent en Italie et inventent le paysage « classique » (selon Heinrich Wölfflin).
Ils utilisent de langage allégorique gréco-romain pour exprimer un idéal moral (simplicité, lucidité, dignité, force, espace, clarté, unité) en relation avec les grandeurs de la religion et de la monarchie.
Pour correspondre à cet idéal, la nature doit subir une épuration sévère de ses formes existantes. Il s’agit de « révéler et "relever" la nature avec méthode et parcimonie » pour créer un effet de perfection et d’éternité.
Ils suivent ces principes énoncés par Aristote :
"l’impossible qui persuade est préférable au possible qui ne persuade pas" et que "ce qui doit servir d’exemple l’emporte sur ce qui est", le paysage classique s’affirme comme une idéalisation absolue du cadre naturel.Ils proposent une vision vraie, tout à fait invraisemblable, fermement structurée, monumentale et harmonieuse.

Poussin : paysage « héroïque » / Gellée : paysage « pastoral » (origine campagnarde du peintre / oeuvres moins complexes tout en étant très élaborées)
Ils suivent des principes stylistiques que H. Wölfflin ramène à 5 points fondamentaux :
- le linéaire :
o plans parallèles
o personnages traités comme des lignes : ils sont reliés aux éléments du paysage
o construction géométrique orthogonale (vue frontale + profil / angles droits / effets de symétrie : les différentes parties du tableau s’équilibrent autour d’un centre manifeste contrairement au baroque qui met des accents sur le côté)
- les formes fermées :
o les corps sont des contours (ils sont des dessins et des desseins /concepts)
o Gellée traite les arbres comme des encadrements et des contrepoids à un élément d'architecture inspirée exclusivement antique (association de l'art humain à l'éternelle beauté, à la sérénité permanente de l'art divin qu'est la nature).
- la pluralité : ensemble de parties indépendantes articulées l’une à l’autre et subordonnées au Tout (un rôle est par exemple assigné par l’ensemble à chaque couleur en particulier).
- La clarté absolue : il n’y a pas de Beauté si la forme ne se dévoile pas en totalité. Utilisation de modes d’apparition présentant un maximum de « clarté » objective
o visibilité parfaite du motif essentiel (Rebecca au centre)
o Grande netteté
o "Pour Claude, la réalité suprême du monde est la lumière". Chaque peinture représente la luminosité spécifique d’un moment de la journée différent.
Turner et Constable seront très influencés par Claude Gellée.

Le modèle de paysage harmonieux établi par l’art classique sera maintenu jusqu’au romantisme. Le développement de l’individualisme conduira en effet à :
- une insistance croissante pour le fugitif à travers l’image des phénomènes naturels
- une valorisation du sentiment par opposition à la raison (et au raisonnable) à travers une évasion dans le rêve, l’exotisme, le passé, le mystère et le fantastique

Geneviève Guétemme
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